Partager l'article ! Amen.: Bonjour. Non ce n'est pas encore une histoire de religion, enfin pas ce que l'on croit au premier abord... QUE TA VOLONTE SOIT FAIT ...
QUE TA VOLONTE SOIT FAITE !(par J. P. L. RENOU)
Jean était allé une fois de plus voir son ami à l'église, le prêtre Maxime Guermonprez. Il n'était pas vraiment croyant, il venait juste pour parler avec lui.
Ils s'étaient rencontrés quelques mois auparavant et avaient sympathisé, et étaient ainsi devenus amis.
Jean savait que Maxime était amateur de cinéma, il venait ce soir pour lui faire profiter de places qu'il avait gagné. Il entra dans l'église vide, la porte grinça dans toute l'église.
<<Je vais fermer mon église ! cria Maxime au son de la porte.
Il était de dos, devant l'autel.
- C'est jean !
- Ne restes pas ici ce soir, je ne veux pas que tu me vois ainsi ! répondit Maxime en étant toujours de dos.
- Mais pourquoi ? Que se passe-t-il ? demanda Jean en s'approchant de Maxime.
Maxime tourna la tête quand Jean arriva à sa hauteur.
- Non, ne me regardes pas !
Il étendit son bras pour l'empêcher de le voir.
- Mais... je ne comprends pas !
- Il faut que je ferme l'église, et il faut que tu partes !
Maxime se dirigea vers la porte, tournant le dos à Jean.
- Non, expliques-moi !
Jean le tira par l'épaule pour le faire pivoter.
- Oh !
Maxime était défiguré, le blanc de ses yeux était totalement injecté de sang. Ses arcades sourcilières étaient proéminentes et surmontées par deux cornes noires. Son teint était blafard, sa peau était parsemée de trous comme ceux qui peuvent apparaître lorsque l'on gratte des boutons.
Jean était effaré, jamais il n'avait vu une chose pareille. Il croyait être en plein cauchemar, et son manque de croyance ne le rassurait pas.
- Qu'est-il arrivé ?
- Je vais t'expliquer !
Maxime ferma à clef la porte de l'église. Il l'emmena derrière l'autel pour lui parler plus tranquillement.
- Je dois t'avouer une chose sur ma famille. Une malédiction pèse sur ma famille depuis des siècles...
- C'est pour ça que tu es comme ça ?
- Oui. Il y a six cent ans, mon ancêtre de l'époque s'est mis à dos une sorcière en l'insultant de suppôt de Satan. Depuis ce temps-là, chaque descendant se transforme en démon à la pleine Lune, à partir d'un certain âge. Quel ironie du sort pour un prêtre comme moi ! Tu n'imagines pas comme cela est dur de raconter des mensonges aux paroissiens, à chaque pleine Lune !
Maxime se tenait la tête entre les mains.
- Il n'y a aucun moyen d'annuler ce maléfice ?
Maxime leva la tête vers Jean.
- Non, tous mes ancêtres ont tenté de trouver un remède, sans succès ! Malheureusement, je ne suis pas le seul descendant restant de cette personne. Et ma condition de prêtre ne me permet pas d'arrêter ce massacre !
Jean fut étonné.
- Que veux-tu dire ? Quel rapport avec ton métier ?
Maxime réfléchit un instant.
- Ce que je veux dire c'est que je ne peux pas « soulager » les autres personnes atteintes de ce mal, et je ne peux pas me suicider, tout deux sont des péchés !
- Comment as-tu appris que ta famille était sous le coup d'une malédiction ?
- Cela remonte à assez longtemps, c'était quelques temps après mon entrée dans les ordres. Je suis rentré dans les ordres à l'âge de 18 ans, à la suite d'une révélation. Personne ne m'avait informé sur ce qui allait m'arriver, pas même mon père qui est le descendant du premier damné.
Deux années plus tard, un soir de pleine Lune, ces manifestations physiques ont commencé. J'étais catastrophé, toute la nuit j'ai couru, comme pour fuir un ennemi invisible ou pour me fuir moi-même.
Je n'osais aller demander conseil, et je ne savais surtout pas à qui parler. J'ai fuis dans la nuit, à en perdre haleine, comme un cheval emballé. Je me souviendrai toujours de cette nuit, une nuit de pluie torrentielle dans la forêt. J'ai fini pas tomber d'épuisement dans la forêt.
Le lendemain matin, je ne savais plus où j'étais ni pourquoi j'étais là. J'étais pratiquement recouvert de boue. Peu à peu, je me suis souvenu de la raison pour laquelle j'avais fuis. Très vite, mon angoisse revenait mais disparaissait quand je me rendis compte que mon physique était revenu à la normale. Je ne savais combien de temps j'étais resté dehors, je ne savais même plus quel jour était en cours. J'ai eu beaucoup de mal à retrouver mon chemin, j'ai erré pendant des heures.
Le soir même, ma transformation se renouvelait, à l'identique. Ma réaction n'était pas la même, j'étais moins effrayé mais je ne savais toujours pas à qui me confier. Quand j'eus l'idée de contacter mes parents, d'abord par téléphone. C'était ma mère qui répondit.
- Allo ! C'est Maxime !
- Maxime, comment ça va ?
- En fait, j'ai un petit ennui...
- Lequel ? demanda ma mère, catastrophée.
- Je ne peux pas en parler au téléphone, il faut que je vous vois tous les deux !
- Mais tu ne peux pas quitter le centre d'ordination !
- Je n'y suis déjà plus ! Mais je t'expliquerai cela à la maison, vous n'avez pas d'invités ?
- Non...
- J'arrive !
Au dernier moment, j'entendis que ma mère n'avait pas fini de parler, mais j'avais déjà raccroché. J'ai couru comme un fou pour arriver au plus vite chez mes parents, après avoir « emprunté » une cagoule.
Chez mes parents, c'était ma mère qui ouvrit la porte, elle fut surprise de voir quelqu'un cagoulé à sa porte.
- Oh ! Qui êtes-vous ? dit-elle en reculant.
- C'est moi maman !
- Maxime ? Mais pourquoi portes-tu cette cagoule ?
- Je préfère entrer pour te l'expliquer... dis-je en regardant de tous les côtés.
- Vas-y, entre. répondit-elle en ouvrant la porte en grand.
Je rentrais dans la maison, elle referma la porte derrière elle. Je regardais partout dans la salle de séjour, cherchant mon père.
- Papa n'est pas là ?
Ma mère semblait gênée par cette question, comme si elle devait me dire une chose inavouable.
- Il n'est pas là pour l'instant, il est en course.
Cette réponse me paraissait curieuse, mon père n'aimait pas faire de courses seul. Ma mère m'invita à m'asseoir et voulut m'offrir quelque chose à boire.
- Non, merci. Il faut que je te parle d'une chose bizarre qui m'arrive, mais il faut d'abord que je te dise de ne pas avoir peur...
- Pourquoi me dis-tu cela ? me demanda-t-elle, inquiète.
- Mon physique change de façon curieuse, j'ai l'impression que Dieu me lance une épreuve bien difficile à relever, ou même que je suis possédé !
Ma mère s'approcha de moi, les mains en avant pour toucher mon visage. Je me reculais, de peur de l'effrayer, mais elle me disait de ne pas m'inquiéter.
- Non, laisse-moi faire !
Je sentais ses doigts passer sur mes cornes, puis sur mes arcades sourcilières proéminentes, mais elle ne semblait pas être effrayée, pas même par mes yeux injectés de sang. Elle enlevait ses mains de mon visage et me regardait dans les yeux, l'air résigné.
- Tu peux enlever cette cagoule, je sais pourquoi tu es comme ça, j'en ai l'habitude avec ton père.
Je retirais doucement ma cagoule, étonné.
- Tu en as l'habitude ?
- Oui, mais le mieux est de te montrer !
Elle se leva et se dirigea vers la cuisine, puis en revint accompagnée de mon père. Il était comme moi, il ressemblait à une vieille gravure religieuse sur les démons. J'étais très surpris, et à la fois heureux qu'ils puissent tous les deux me comprendre.
- Papa ! Toi aussi tu es atteint de cette maladie étrange ?
Mon père me prit par les épaules.
- Ce n'est malheureusement pas une maladie, ce serait trop simple ! C'est un maléfice qui pèse sur notre famille. Viens, je vais te montrer.
Il m'emmena à l'étage, dans son bureau, là où il entreposait tous ses livres précieux, mon père était collectionneur de livres anciens. Il en préleva un fin sur une étagère, c'était un livre de cuir noir ciselé d'or, il me le présenta.
- Ce livre est parmi les plus anciens que je possède, il a été écrit par notre ancêtre Charles Guermonprez, qui raconte ce qui nous arrive.
Je le pris et l'ouvris, je commençais à lire ce qui était raconté dans ce livre.
Il était dit que cette histoire était à destination de tous les descendants mâles de Charles Guermonprez, qu'ils aient ou non le même nom.
Un jour, mon ancêtre rencontra la sorcière Svekona qui demandait l'aumône, mon ancêtre ne lui fit pas l'aumône.
- Tu ferais mieux de travailler au lieu de mendier !
- Je te fais les lignes de la main en échange de ta générosité !
- Va plutôt parler à tes rats, suppôt de Satan !
Il la poussa et la fit tomber sur le sol. Elle se releva, furieuse, elle hurla à l'encontre de mon ancêtre.
- Toi et tes descendants mâles deviendrez des monstres et irez en Enfer ! lui déclara-t-elle.
- C'est ça, je dirai bonjour à ton maître !
Mon ancêtre ne croyait pas que cette femme puisse avoir des pouvoirs, mais il en eut la preuve la nuit suivante... Une nuit de pleine Lune !
Ce livre était extrêmement rare, c'était un exemplaire unique et écrit à la plume par mon ancêtre. Ce que je venais d'apprendre renforçait ma foi en Dieu. Le problème était de poursuivre mon ordination sans me faire remarquer, j'en discutais avec mes parents longuement. Mon père eut une idée, il avait entendu parler d'une maladie qui sévissait par intermittence et ne se déclarait que tard, après l'adolescence.
- Voilà, tu connais maintenant mon histoire !
- Et comment fais-tu pour ton église ?
- J'ai trouvé une parade, je me fais « remplacer » par un autre prêtre, et cela commence d'ailleurs demain matin. Mais il y a encore un petit problème...
- Lequel ?
Maxime retroussa ses lèvres sur des dents acérées.
- Je suis obligé de me nourrir d'humains !>>
Il sauta sur Jean et le dévora, ses cris résonnaient dans l'église...
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