DÉRIVE TECHNOLOGIQUE ?(par J. P. L. RENOU)
Nous nous trouvons dans un lieu étrange, tout en béton mais avec des installations identiques à celles d'une maison ou d'un appartement. Il n'y a aucune fenêtre, juste des portes menant aux pièces façonnées dans cet ensemble. Les murs sont en béton à nu, comme le sol, des lampes de puissance faiblarde éclairent chaque pièce, donnant une impression de saleté des lieux. Au loin, on reconnaît comme un bruit de moteur, la chaleur est partout, il est difficile de respirer dans ces lieux. Il y a un autre bruit couvert par le moteur, cela ressemble à des voix, nous nous dirigeons vers ce bruit, dans une pièce proche.
Là, il y a quelques personnes autour d'une table, ils parlent entre eux.
<<Il va bien falloir sortir d'ici ! Nous allons commencer à manquer de vivres ! Lance l'homme le plus jeune.
- Il y a toujours une menace dehors, nous ne pouvons pas prendre ce risque ! Lui répond le plus âgé.
- Vous aviez installé des caméras pour que l'on puisse voir de l'intérieur il me semble ?
- Elles ont été rendus hors d'usage lors de l'explosion, on ne peut plus rien voir de ce qu'il y a dehors !
- S'il n'y a que ce moyen, j'irai voir moi-même si l'atmosphère est vivable !
- Non ! Si tu meurs cela compromets la mission et toute notre énergie à survivre sera gâché ! Lui renvoie le plus âgé.
- Et si nous mourrons tous ici, ne crois-tu pas que la mission sera aussi compromise ?
- Il ne faut pas agir dans la précipitation, tu te rappelles de Michaël ? Il est mort parce qu'il est sorti trop tôt, nous ne l'avons plus jamais revu !
Le jeune fait un geste de la main pour exprimer son désaccord.
- Mais cela fait presque deux ans que nous sommes ici, ne crois-tu pas qu'il est temps de sortir ?
Le vieil homme réfléchit un instant, puis regarde un autre homme.
- Pour combien de temps avons-nous encore de la nourriture ?
L'homme secoue un peu la tête en regardant au plafond.
- Je dirais un mois ou deux environ si on se rationne, mais pas question de rationner les petits !
- Il n'a jamais été question de ça, et puis c'est déjà assez dur comme ça pour eux ! Thierry, est-ce qu'il y a un moyen de rétablir la connection avec les caméras ?
- Je ne sais pas, la communication à été coupé après l'explosion mais je ne sais pas à quoi cela est dû ! Il y aurait bien la combinaison que l'on a emmené mais...
- Mais quoi ? Questionne le vieil homme.
- Cette combinaison utilise de l'énergie, et cela sera de l'énergie en moins pour nos besoins !
- A-t-on réellement besoin d'autant d'énergie ici ? Demande le jeune homme.
- Je vais t'expliquer une chose, cette énergie nous sert à fabriquer de l'oxygène à partir de nos réserves chimiques, oxygène qui nous permet de respirer. De plus, le sas de sortie utilise aussi de l'énergie issue de notre générateur !
- Peut-on ne pas utiliser le sas ?
- Non ! Si on fait ça, des particules irradiées rentreraient dans la base et seraient dangereuses pour nous !
- Nous n'avions pas emmené des batteries avec nous quand nous sommes venus dans la base ? Questionne le plus jeune.
- Oui, mais je ne sais pas si ces batteries seraient assez puissantes, il faut recueillir des éléments à analyser pour savoir si l'on peut sortir sans risque, ça va prendre du temps !
- Tu pourras nous dire ça dans combien de temps ? Pose le vieil homme.
- Il faut que je calcule quelle quantité d'énergie la fabrication d'oxygène de la combinaison va dépenser, l'énergie dépensée par le sas, je dirai une heure tout au plus !
- Mais tu peux le faire ?
- Oui, s'il reste un bloc de réserves chimiques, car il me faut respirer aussi !
- Que fera-t-on si la radioactivité est trop élevée ? Demande le plus jeune.
- Il y a toujours nos capsules anti-radioactivité, mais elle doit être descendu en dessous d'un certain seuil, sinon cela sera insuffisant et nous finirons par mourir !
Le vieil homme se passa la main en dessous du nez avant de parler.
- Bien ! Mais qui ira dehors pour faire ces mesures ?
- Il n'y a que moi qui puisse y aller, je suis le seul à savoir comment fonctionne la combinaison, et nous n'avons pas le temps pour que quelqu'un d'autre apprenne son fonctionnement ! J'irai donc après avoir mesuré l'énergie disponible, d'ailleurs j'y vais tout de suite !
Ils quittèrent tous la pièce pour vaquer à leurs occupations.
Une heure plus tard exactement, Thierry réunit la communauté pour leur parler.
- Voilà, les batteries ont assez de puissance pour m'emmener dehors, bien que je crains que ce soit juste. Je vais vous expliquer comment utiliser le sas...
- Il y a une commande à l'extérieur pour le sas ?
- Oui, mais je crains qu'elle n'ait été endommagé comme les caméras, et donc inutilisable !
Il emmena toute l'équipe au sas pour leur expliquer.
- Voilà ! Cette commande prépare le sas à l'accueil de l'un d'entre nous en le remplissant d'air de la base. Le deuxième bouton fait monter le sas et vide de l'air de la base, le troisième ouvre ou ferme le sas à l'extérieur de la base. Je vais vous expliquer comment vous pourrez m'aider. J'ai réglé ma montre exactement sur l'horloge de la base. Il est 14h50, cela va prendre dix minutes pour moi sortir, deux heures après, c'est à dire à 17h précise, l'un de vous appuyera sur ce dernier bouton, qui enclenchera le programme que j'ai enregistré. Tous le monde a compris ?
Tous acquiescent de la tête.
- Bien, alors j'y vais !
Thierry enfile rapidement sa tenue, enclenche la batterie pour le fonctionnement du sas. Il entre lentement dans le sas, l'air du sas est déjà conditionnné pour l'accueillir. La porte se referme sous les yeux de l'assemblée, une lourde porte à volant comme celles des sous-marins. Thierry remonte lentement avec le sas vers l'extérieur, qui s'arrête brusquement arrivé en haut.
Il entend sa propre respiration qui résonne dans son casque, pendant que le sas finit de se vider et de se remplir de l'air de l'extérieur. Une petite lumière s'allume, il peut sortir.
Lentement, il tourne le volant jusqu'au déclic, il pousse la porte et sort, la porte se referme derrière lui, lentement.
Le paysage devant lui est un paysage de carnage, plus aucune maison, plus aucun immeuble n'est debout, tout est en ruine. La température est faible, le thermomètre de sa tenue indique 2°C, mais Thierry ne le ressent pas car sa tenue est chauffée. Il se met en route, des prélèvements doivent être faits pour déterminer s'ils pourront vivre à nouveau sur la planète ou s'ils devront mourir.
Il décroche une capsule de sa ceinture et prélève un peu de terre, puis presse le bouton d'un petit aspirateur d'air tout en regardant un petit boitier muni de jauges, indiquant les pourcentages des différents éléments de l'air ambiant.
En quelques minutes, les résultats sont affichés, de bons résultats, aucun élément radioactif dans l'air, la respiration semble possible.
Thierry hésite, il se demande s'il peut vraiment respirer, et il ose, il dessere son casque et l'enlève. Il respire normalement et ne s'étouffe pas, il semble que la vie n'a pas disparu sur la Terre. Il marche vers la rivière, un prélèvement d'eau est indispensable pour des analyses. Il prélève juste une bouteille, cette quantité suffit pour toutes les analyses.
La nature est curieuse, autant aucune plante n'a poussé là où il y avait des villes, autant elle a poussé d'une manière incroyable près de la rivière. Il se demande s'il y a encore quelqu'un en vie dehors.
La végétation a un aspect bizarre, les arbres fruitiers se sont multipliés et produisent des fruits beaucoup plus volumineux que la normale, ce qui n'est sans doute pas mal pour la petite communauté si les fruits sont commestibles.
Il prend un fruit pour l'analyser. De retour dans la base, tout le monde est enthousiaste et ne cesse de lui poser des questions.
- Je répondrai en temps voulu à vos questions, mais je dois d'abord analyser les échantillons récoltés !
Il s'enferme pendant quelques heures très stressante pour le reste de la communauté, puis leur déclare que tout va bien, ils partent tous à la découverte de ce monde qu'ils avaient quitté. Ils parlent entre eux depuis qu'ils sont sortis.
- Crois-tu que nous réussirons à survivre et à perpétuer notre race ? demande le jeune.
- Je crains que nous ne soyons plus assez pour engendrer à nouveau ! Ce monde ne sera plus pris sous la gorge par les humains ! répondit le plus vieux.
De tout temps, les humains se sont battus pour diverses choses, en ont-ils été plus heureux ? Je ne pense pas. Plus le temps avance, plus les humains inventent des armes tuant toujours plus de personnes sans réfléchir aux conséquences. La vie est-elle plus précieuse que de manquer de détruire l'humanité grâce à de nouvelles technologies guerrières ? Certains ne le pensent pas.